Oui mais pourquoi ?
Il y a plusieurs réponses. D’abord je pourrais dire qu’il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. (Et je ne suis pas pressé d’être un authentique « vieux con »). Ensuite tout le monde m’a bassiné en me disant que « vraiment c’est super beau ». Et enfin, au risque de passer pour quelqu’un de trivial, ou de bassement terre à terre, c’est un boulot que j’ai d’abord sollicité puis accepté. Et puis, quand même, faut pas déconner… le Cap Nord reste une destination qui a quelque chose de mythique.
Alors voilà, je suis accompagnateur pour un voyage au Cap Nord à moto !


La canicule en Europe
Bref, tout ça pour dire que je ne peux même pas imaginer le nombre de piscines olympiques qui se sont vidées sur moi en traversant l’Allemagne.
C’est au port de Travemunde que les participants de la colo m’ont retrouvé avant d’embarquer sur un ferry pour Helsinki, en Finlande donc. Au programme, une longue traversée pour faire connaissance. Car, mise à part quelques malins venus en couples ou entre amis, le propre d’une colo c’est de ne connaître personne. Alors je repense à ce que tous les parents disent à leurs enfants au moment de les expédier en colo : « tu verras ça va être chouette et tu vas te faire des amis ».
Nous sommes 16 (gars et filles) et 12 motos, venus des 4 coins de la France. Et bientôt, par affinité ou par genre, des petits groupes vont se créer. Il y a les Harley-boys (HOG cannois), la Panzer division (ach, BMW !), les Forza Italia (Ducati, Moto Guzzi) et quelques originaux : une Gold savoyarde, une 12RT à tendance Pokémon rare, heu…et moi (mais ça ne compte pas !).

De la forêt et des lacs

De la forêt, des lacs et des rennes !

L'art d'être un Viking


Alors, heureux ?
Malgré la qualité de ces observations anthropologiques, il ne faut pas croire mais le voyage progresse et un beau jour de fête nationale (la nôtre), nous finissons par atteindre ce mythique Cap Nord. Nombreux sont les motards qui fantasment sur cette destination qui reste un incontournable, il faut bien l’admettre, pour tout ceux qui rêvent de voyages lointains. Car le Cap Nord figure sur la « to-do list » des voyages à faire au moins une fois dans sa vie. Une route qui, comme les autres routes mythiques, détient cette faculté de nourrir l’imaginaire tout en procurant l’immense satisfaction d’avoir réalisé un rêve lorsque, enfin, on la parcoure « pour de vrai ». Les psychologues, psychanalystes et autres « psys » diraient peut-être que c’est remettre au premier plan l’enfant que nous étions et les rêves que nous nourrissions alors ? Pourquoi pas. Quoi qu’il en soit, il y a une chose dont je suis sûr, ne pas trahir cet enfant là c’est le plus beau cadeau que l’on puisse se faire.
Heu… dans la pratique il faisait un authentique temps de merde où on avait bien du mal à voir au delà de ses pieds, mais pourtant il suffisait de voir les sourires affichés sur les visages pour constater que nous étions tous, tout simplement heureux de poser pour la photo souvenir sous le monument du globe terrestre qui marque ce cap.

Et maintenant on fait quoi ?
C’est vrai dans « voyage au Cap Nord », on peut tout à fait supposer … et bien que nous allons au Cap nord ! Or, ce fameux cap nous y sommes arrivés assez vite. Aussi, pour le coté mythique du Cap Nord, c’est chose faite et chacun peut cocher la case. Et donc maintenant on rentre à la maison ? C’est ce qui pourrait sembler logique. Seulement voilà, le propre du voyage à moto c’est de ne pas se concentrer sur la destination mais sur le voyage qui y conduit. Sinon autant y aller en avion, ça va plus vite, c’est moins fatiguant et c’est peut-être même moins cher ! Un constat qui est, c’est vrai, parfois difficile à comprendre, vu de l’extérieur. Mais pourtant se déplacer à moto c’est simplement luter contre un encéphalogramme plat, une moyenne mole, un truc insipide, ni bien ni mal, un peu comme manger du tofu. Vous voyez ce que je veux dire ? Parce que si rouler à moto implique d’accepter d’avoir mal au cul, d’avoir trop chaud ou trop froid, d’être habillé en cosmonaute, etc., c’est aussi car le plaisir qui en découle est mille fois supérieur aux désagréments. Or, se prémunir de ces désagréments c’est aussi se priver de ces plaisirs. Bref, voyager à moto c’est avant tout super cool et donc après avoir atteint le Cap Nord, il nous reste tout le reste : c’est à dire se concentrer sur tout ce qui est super cool !


Génie civil, ouvrages d'art et géographie physique
Un truc que je ne vous ai pas dit, c’est que le Cap Nord est situé sur une île. Et, à priori, le propre d’une île c’est d’être séparé d’une plateforme continentale par la mer. Mais c’est sans compter sur les vikings ! Car pour atteindre l’île de Magerøya (qui abrite donc le Cap Nord), il faut traverser un bras de la mer de Barents, ce qui jusque dans les années 1990 se faisait par bateau. Mais depuis 1999, il suffit d’entrer dans un tunnel (de près de 7 km de long) et rouler sous la mer à -200 m de profondeur ! Un peu flippant dans l’idée, mais pourtant la sensation qui prédomine en empruntant ce tunnel sous la mer, c’est celle de rouler dans un frigo géant, tant le changement de température est saisissant. Si celui-ci est particulièrement long, il va pourtant falloir s’habituer à ces passages de frigos car je n’ai jamais vu autant de ponts suspendus et de tunnels que durant ce voyage (et de ferrys également, mais nous y reviendrons plus tard). Décidément ces vikings sont des gens surprenants ! En quittant l’île de Magerøya pour repartir vers le sud, nous avons donc emprunté à nouveau ce fameux tunnel, mais cette fois avec une tenue appropriée : gants et doublure d’hiver de rigueur !

Dentelle norvégienne
Dorénavant, ce sont les contours hachés de la côte norvégienne qui rythmeront nos journées. Et en faisant un grand zoom arrière pour observer cette côte (ou plus simplement en regardant une carte régionale) on ne peut que penser à de la dentelle dont chaque dessin, chaque courbure joue avec la mer pour former des fjords ou des chapelets d’îles. Les îles Lofoten, où se mêlent eaux turquoises, plage de carte postale et sommets enneigés, illustrent bien les merveilles naturelles accessibles de ce côtés-ci de la planète. Pourtant situées au nord du cercle polaire, les températures estivales y sont douces (par la présence du Gulf Stream) et le tourisme bien présent. Côté moto, les routes qui longent la côte se font sinueuses pour découvrir un nouveau paysage qui « claque » à chaque sortie de virage ! Entre les fjords et les îles, une nouvelle gymnastique s’impose : composer avec les nombreux ferrys qui franchissent chaque bras de mer. Notre record nous a fait emprunter 4 ferrys dans la même journée (durée moyenne 30 minutes).
Plus au sud, le fjord de Geiranger (inscrit au patrimoine de l’Unesco) est sans doute le plus beau, et assurément le plus connu, des fjords norvégiens. On le découvre après un vaste plateau d’altitude dénué, ou presque, de végétation qui évoque les paysages de Mongolie. C’est en suivant la « route des Aigles » sur la « Route panoramique de Norvège » que le fjord apparaît. Arrêt obligatoire dans un des nombreux virages en épingles pour se laisser le temps d’en prendre plein les yeux ! Car même les plus grincheux ou les plus désinvoltes ne peuvent qu’être saisis par la beauté de ce décor exceptionnel.




James Bond contre les Trolls
Dans la série des routes qui « déchirent », la « Route de l’Atlantique » et la « Route Panoramique de Norvège » nous réservent d’autres beaux cadeaux : la possibilité de vivre un épisode de James Bond ou d’entrer dans la mythologie scandinave. La première nous fait emprunter le pont Storseisundet. Comme tous les noms imprononçables de cette région du monde, le temps de déchiffrer le panneau routier tout en roulant fait que le panneau est dépassé avant d’avoir fini de le lire. Puis qu’il est ensuite à peu près impossible de le mémoriser… Mais l’intérêt majeur de celui-ci est sa « courbe impressionnante qui semble défier la gravité » tout en reliant les îles de l’archipel d’Averøy à la côte continentale. Je vous ai déjà parlé des ouvrages d’art à la sauce norvégienne, mais il faut bien reconnaître qu’au premier regard celui-ci semble complètement raté ! Tordu, vrillé, il laisse l’impression d’avoir subi un tremblement de terre avant de plonger dans la mer…mais pourtant « Mourrir peut attendre » ! Factuellement, ce pont est long de 260 mètres et haut de 23 mètres (inauguré en 1989), mais surtout il est entré dans la célébrité depuis que James Bond l’a emprunté, et nous aussi !
Plus loin, donc plus au sud, notre itinéraire nous conduit vers des petites routes de montagne. C’est à dire sinueuses, étroites et où les voitures ont du mal à se croiser. Aussi, lorsqu’un autocar arrive pour négocier une épingle, le blocage de la route est sans surprise. En attendant que les conducteurs des véhicules incriminés trouvent la bonne solution (celle ou personne ne tombe dans le précipice), un embouteillage digne du périph parisien à 18h00 prend forme. La différence (avec le périph parisien) c’est qu’il suffit alors de rabattre son attention sur le décor : cascades, pics acérés et nature environnante incroyablement belle. Cette petite route, victime de son succès c’est la Route des trolls. Fermée pendant de longs mois pour cause de travaux, elle vient juste de rouvrir, pour notre plus grande joie…et celle des nombreux touristes venus ici tout spécialement pour l’emprunter. Il faut dire qu’avec huit années de travaux pour en finir la construction et onze virages en épingles pour en venir à bout, cette route fait partie des attractions majeures du pays. Aussi, au sommet, un parking géant recueille les cars, voitures, camping-car, motos et vélos partis chercher une rencontre avec des trolls mais qui, comme nous, devront se contenter des représentations disponibles dans les boutiques à souvenirs qui bordent ce parking. Bref, pas de trolls mais beaucoup de touristes et fort heureusement, une nouvelle fois, un décor naturel tout juste exceptionnel.



L'opéra et la petite sirène
A force d’emprunter ces routes côtières est arrivé un jour il a bien fallu se résoudre à mettre le cap sur Oslo, la capitale, où un ferry pour Copenhague (Danemark) nous attend… avant de mettre un terme à cette escapade nordique. Pour autant, alors que chaque jour nous sommes convaincus d’avoir vu le point d’orgue de ce voyage, de nouveaux paysages exceptionnels nous attendent. A croire qu’il s’agit ici d’une ressource inépuisable ! Il est vrai qu’après trois semaines de rencontres quotidiennes avec la nature, le retour en ville est vécu avec un peu d’appréhension. Pourtant Oslo est une capitale plutôt agréable que nous aurons le loisir d’explorer : le centre historique, le port ou l’opéra digne de celui de Sydney sont accessibles à travers une longue balade à pieds. L’occasion aussi de se rappeler que nous ne sommes pas uniquement motards. Une heure avant d’embarquer sur le ferry le groupe se reforme et nous avons tous bien conscience qu’il s’agit d’un dernier rendez-vous avant la fin de cette colo. Car à Copenhague, certains feront une pause pour aller voir la petite sirène, certains se dirigeront vers un ultime court ferry pour rejoindre l’Allemagne pendant que d’autres décideront de rouler à travers le Danemark avant de mettre le cap, quoi qu’il en soit, vers un retour en France.


Tous des enfants
Alors je repense au départ de ce voyage et me dis que les parents ne mentent pas toujours lorsqu’ils font des promesses à leurs enfants. Car au moment de nous séparer, les accolades, les embrassades et autres expressions de générosités ne laissent aucun doute : ce sont bien des amis que nous quittons. Et puisque nous ne pouvons nous résoudre à reléguer cette amitié au rayon des souvenirs, comme les enfants que nous étions un jour, nous nous promettons de nous revoir, et nourrissons l’espoir de voyager à nouveau ensemble. D’ailleurs « ma colo » me laissera un cadeau qui m’ira droit au cœur : un tee-shirt avec un mot et une signature de chaque participant. Histoire de ne vraiment pas oublier cette parenthèse enchantée, car ma colo au Cap Nord, et bien c’était vraiment chouette !

Super article qui donne envie de repartir… avec le même accompagnateur de colo !
Voyage magnifique et inoubliable !
Merci Aldo.
Hello Aldo magnifique reportage et belles photos!! Encore merci pour cette balade. Amitiés.
Merci pour ce rappel de très bons souvenirs
Magnifique reportage écrit avec humour et finesse .Que du plaisir à le lire .Cela nous donne envie de repartir avec Aldo pour vivre de nouvelles découvertes . Amitiés .