À l’écart des autoroutes, plus vraiment dans la montagne mais pas encore au bord de la mer, avec un climat méridional mais une végétation parfois bien verte, une population dont l’accent chante mais sans que les cigales ne s’en mêlent, se terre le Tarn. Mais gare au coup de cœur, car de simples escapades naissent parfois de vraies rencontres…

Juste derrière les hauteurs du Massif Central mais avant les plaines du bassin Aquitain, en bordure des causses du Quercy et à deux pas de la Méditerranée, le département du Tarn s’est taillé un territoire où la géographie et l’histoire se sont donné rendez-vous pour créer une identité à plusieurs visages.

D’Albi, la ville rouge chargée d’histoire, aux reliefs sauvages et boisés de la Montagne Noire, le long de rivières sinueuses ou aux abords de terres plantées de vignes, par de belles bastides perchées et des panoramas grandioses, les itinéraires présentés ici invitent le motard voyageur à parcourir ces différentes facettes pour y découvrir leurs richesses.

Pour mieux s’imprégner de ces différents visages, il convient de quitter les grands axes et de se laisser porter par les petites routes qui parfois contournent, d’autres fois escaladent les obstacles naturels mais où tout apparaît toujours plus vrai ! Alors amis motards préparez-vous car ces différents visages sont autant de façons de prendre du plaisir. Sur la route, mais aussi lors des pauses. Car au moment de laisser la moto, les villes et villages sauront vous séduire par leur beauté et par les sourires de ceux qui les habitent. Enfin, même les plus grincheux ou les éternels insatisfaits succomberont nécessairement au moment de se mettre à table ! Alors pour rouler vers une rencontre au plaisir garanti, il suffit de se laisser guider !

Circuit des belvédères. Entre vallée du Tarn et Ségala

D’eau et de pierres

 

Au départ d’Albi la charmeuse, nous partons pour une boucle de 150 km. Un programme qui nous fera découvrir l’Est du département par le réseau secondaire où nous attendent quelques perles.

En posant les pieds (ou les roues!) pour la première fois à Albi, indubitablement c’est l’imposante cathédrale Sainte Cécile et ses briques rouges qui marquent les esprits. L’ensemble du quartier qui l’entoure (la cité épiscopale) suit d’ailleurs les mêmes teintes, qui valent à Albi son surnom de « ville rouge ». Comme souvent, l’impression générale de même que l’architecture d’une cité sont liées à son histoire. Car de siège de l’hérésie Cathare, le cœur de ville est devenu une affirmation de l’église catholique romaine après la « croisade contre les albigeois » au XIII ème siècle. Aujourd’hui, ce centre ancien, composé de nombreuses rues piétonnes bordées de constructions à colombage, est un quartier agréable où il fait bon flâner jusqu’aux berges du Tarn et son vieux pont.

En route ! En empruntant la D90 puis la D73 en direction de Monestiés, nous commençons par traverser une région vallonnée avant de rallier cette commune qui compte « parmi les plus beaux villages de France ». Juste derrière un petit pont, les fortifications de l’ancienne cité médiévale ont disparues, mais Monéstiés a conservé sa forme arrondie et l’ensemble des habitations regroupées autour de l’église ont gardé un charme paisible qui encourage à la balade.

En poursuivant vers l’Est, nous arrivons en bordure du Viaur et des limites du département. Particulièrement encaissée, la rivière coule au fond d’une vallée profonde enjambée par un viaduc. À vocation ferroviaire, l’ouvrage inauguré en 1903 est une structure en poutres d’acier (à la façon de la tour Eiffel) en porte-à-faux. Un belvédère permet de l’approcher et admirer la vue.

Poursuivons à travers le Ségala. Une région naturelle, partagée avec l’Aveyron voisin, dont les plateaux et vallons étaient destinés à la culture du seigle, d’où elle tire son nom. Dirigeons-nous vers Valence d’Albigeois puis Assac avant de rejoindre les bords du Tarn pour atteindre peu après Ambialet. Avant de profiter des charmes du village, c’est déjà la nature exceptionnelle de son site qui s’impose. En effet, les méandres du Tarn forment ici une boucle de 3 km qui se referme pratiquement sur elle-même. Cette boucle a creusé une presqu’île qui laisse un isthme d’à peine une trentaine de mètres de large. Le village, posé sur cette géomorphologie si particulière, a évolué avec le temps pour être tour à tour une place forte ou un lieu de prière. Un prieuré persiste d’ailleurs aujourd’hui, juché sur le promontoire à l’entrée de la presqu’île. Vue exceptionnelle garantie !

En repartant, une derrière vue « aquatique » nous attend au lac de Razisse. Une étendue d’eau, due à la création d’un barrage, d’où émerge le château de Grandval qui, selon la météo, semble flotter sur ces eaux paisibles. Enfin, notre boucle se referme lentement et nous entrons à nouveau dans Albi.

 

Circuit du Pic de Nore

Montagnes et forêts

 

Au sud du département ce circuit, qui flirte avec l’Hérault et l’Aude, propose une autre facette du Tarn. Ici, c’est le domaine de la Montagne Noire et du Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc. Un territoire unique où reliefs et végétation semblent hésiter entre influences océanique et méditerranéenne. Dans ces forêts, tout est plus vert et plus frais aussi.

Mazamet. Cette ancienne ville industrielle, nichée au creux d’une vallée, doit sa réputation à son activité de délainage des peaux de moutons et plus généralement aux tanneries qui occupaient les rives de l’Arnette sur la « route des usines ». C’est de là que nos partons, avant d’obliquer vers le réseau secondaire à Saint-Amans-Valtoret et nous plonger dans la nature préservée du parc, ses forêts, ses tourbières, ses lacs.

En approchant des Gorges du Banquet, la route est étroite et sinueuse, quelques fois encombrée de branches mortes et de pommes de pins. Allure paisible recommandée ! Entre Le Vintrou et Anglès, au fond d’une petite vallée, un barrage sur l’Arn a crée le lac des Saints-Peyres. Avec ses allures de lac canadien, vous verrez ses eaux calmes émerger entre les branches des résineux qui peuplent ses rives. Ce décor sauvage va perdurer jusqu’à Labastide-Rouairoux, jadis consacrée pour son textile. Nous retrouvons également un axe majeur, pour quelques km seulement, avant d’obliquer vers Albine puis pénétrer dans le département voisin de l’Aude. Nous roulons maintenant vers le Pic de Nore. Avec l’antenne de l’émetteur à son sommet, le toit de la Montagne Noire est repérable de loin. Pour l’occasion, c’est le retour des petites routes sinueuses ! Malgré une altitude limitée (1211 m ), la végétation s’estompe pour laisser la place à une lande où un vent froid souffle régulièrement. Nous retrouverons la forêt sur l’autre versant, en roulant vers Hautpoul, un village médiéval perché sur un éperon rocheux à proximité immédiate de Mazamet. Depuis peu (septembre 2018) une passerelle, de 140 m de long et suspendue à 70 m de haut, permet aux piétons de « survoler » l’Arnette pour relier Mazamet au village perché d’Hautpoul.

Avant de refermer cette boucle, offrons nous une dernière escapade du côté du lac de Montagnès. Ses abords disposent d’une base de loisirs mais aussi de tout le nécessaire pour s’offrir un pique nique au bord de l’eau.. Un bon moyen de conclure cette balade, non ?

Circuit du Gaillacois

Vignobles et bastides

 

Gaillac, troisième ville du département, est le point de départ de cet itinéraire. Mais c’est aussi une cité historique comme l’attestent son patrimoine bâti (l’abbaye Saint-Michel, les hôtels particuliers) qui, comme sa voisine Albi, arbore les couleurs rouges de ses briques. Mais Gaillac est avant tout réputé pour son vin !  Des vignes dont l’essor va de pair avec l’Abbaye (X ème siècle) puisque les moines sont à l’origine de leur développement. Les appellations (AOC-AOP), quant à elles, datent de 1938 et 1970. Or, en quittant les bords du Tarn les premiers vignobles apparaissent rapidement sur les bords vallonnés de la route. Nous roulons, par la D964, en direction de Castelnau-de-Montmirail. Premier village d’une série de bastides que nous allons découvrir et dont les origines remontent au XIII ème siècle. Construit sur un piton calcaire et entouré de remparts, c’est un vrai saut dans le temps que nous vivons en entrant sur la place centrale du village, classé parmi les plus beaux villages de France.

Cette architecture de bastide où se mêlent remparts, pierres de tailles et façades à pans de bois, nous la retrouverons quelques  km plus loin en arrivant à Puycelsi. La route suit la vallée de la Vère, un affluent de l’Aveyron que nous rejoindrons plus tard. Mais avant cela, nous approchons d’un autre village : Larroque. Tout aussi beau que les bastides qui précèdent, Larroque est situé en bordure de rivière et au pied d’une falaise dans un site majestueux à la combinaison séduisante de sol rocailleux et de végétation.

En débouchant sur la D1 nous arrivons en bordure de l’Aveyron, dont nous suivons les gorges et ses méandres pendant une dizaine de km avant d’arriver à Penne. Là encore, un éperon rocheux s’élève avec à son sommet une forteresse du XIII ème siècle. Ce château est un bel exemple d’architecture militaire médiévale, mais il offre aussi une vue remarquable sur les gorges de l’Aveyron et la forêt de Grésigne en contrebas.

Les amateurs d’histoire ne manqueront pas de faire une nouvelle pause à Vaour qui abrite une commanderie Templière, les autres pourront poursuivre jusqu’à Cordes-sur-Ciel où, quoi qu’il en soit, une pause s’impose ! Cette bastide du XIII ème siècle, haut-lieux du catharisme, a conservé son architecture d’époque dans un état remarquable. Des ruelles et murs d’enceinte de la première période historique, aux façades gothiques des bâtisses de riches commerçants (fin XIII ème-XIV ème siècles), la ville est un livre d’histoire dans lequel on se promène ! Lumière, patrimoine et emplacement naturel ont d’ailleurs conquis toute une génération d’artistes.

De Cordes-sur-Ciel, nous remettons le cap sur Albi, jusqu’à rejoindre les rives du Tarn, que nous traverserons par un beau pont de pierres à Marssac-sur-Tarn. Un passage rive gauche qui sera l’occasion d’apercevoir une autre facette, plus plate, des vignobles gaillacois. Mais avec ce retour dans la vallée, nous retrouvons aussi un décor plus urbanisé qui nous accompagnera désormais jusqu’au retour à Gaillac et la fin de cette boucle.

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